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Trésors d'Orezza

La piève d'Orezza cache en son sein des trésors insoupçonnés. Autrefois l'une des pièves les plus peuplée de Castagniccia, elle connût des heures de gloire, sur plusieurs siècles.. De nos jours, hélas, il ne reste que des ruines, couvertes de lierre et d'herbes folles, des sites oubliés, presque inaccessibles, témoins d'un passé glorieux, qui ne demanderait qu'à renaître, plus majestueux encore.


Le couvent Saint-François d'Orezza

Sous les ruines recouvertes de lierre, perché sur les contreforts de la vallée reculée d’Orezza, se trouve l’un des sites les plus emblématiques de la Castagniccia.

Au premier coup d'œil, difficile de croire que cet édifice abandonné fut autrefois un haut lieu de l'histoire de la Corse.


Le couvent d’Orezza était l'unique couvent de l'ancienne piève (circonscription) d’Orezza.

Fondé en 1485 par les observantins, le couvent passa plus tard aux mains des franciscains qui y édifièrent une église longue de 33 mètres pour 11 mètres de large, dotée de six chapelles. Cet imposant édifice fut surtout l’un des lieux phares de la lutte des insurgés insulaires contre la République de Gênes au XVIIIe siècle et un haut lieu de l'indépendance de la Corse.

Plusieurs consultes (assemblées consultatives) se tinrent au couvent d'Orezza pour débattre de la légitimité de la révolte contre Gênes.


C'est en effet en son sein que les chefs des révolutions corses proclament solennellement l'indépendance de l'île, lors d'une cunsulta de janvier 1735. La Corse est alors placée sous la protection de l'Immaculée conception et adopte le Dio vi Salvi Regina comme hymne national.

C’est aussi là, dit-on, qu’en 1790, lors de la mise en place de la nouvelle administration départementale, pour la première fois libérée de la tutelle royale, Pasquale Paoli aurait rencontré Napoléon Bonaparte.


Déchéance progressive

Symbole de l’insurrection insulaire, ce couvent a dû faire face aux soubresauts de l’histoire. C’est en effet à partir de 1832 qu’il commença à perdre de sa superbe. Le couvent abrita la gendarmerie jusqu'en 1934 (effondrement de la toiture). Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Italiens y installèrent un dépôt de vivres et de munitions, puis il fut bombardé et quasiment détruit par les Allemands en 1943.

Laissé depuis fort longtemps à l'abandon, il est aujourd'hui en piteux état.


En effet, sur la route qui serpente entre Pedicroce et Campana et malgré les initiatives, cet édifice emblématique peine à retrouver un avenir et l'église en ruines du XVe siècle poursuit sa lente décrépitude dans le silence le plus total.

Depuis plusieurs décennies, ce monument fait en effet l'objet d'une attention particulière dans la pieve d'Orezza et bien au-delà. Pétitions, courriers aux pouvoirs publics, création d'un comité de sauvegarde..

Il n'empêche que le couvent n'en finit plus de se dégrader, si bien qu'un effondrement pur et simple de l'édifice n'est plus à exclure.


L’eau ferrugineuse :

La Castagniccia détient le privilège de posséder la plus célèbre des eaux ferrugineuses de Corse. La source se situe au lieu-dit Acqua acitosa, au Nord-Nord Ouest du village de Rapaggio en Castagniccia, à 410 m d'altitude, dominant le Fium'Alto et à environ 800 m (à vol d'oiseau) du village de Piedicroce sur l'autre rive du fleuve.

Le site des Eaux d'Orezza se trouve dans l'ancienne piève d'Orezza d'où elle tient son nom.

Connues depuis l'antiquité, les eaux d'Orezza étaient appréciées des romains pour leurs qualités exceptionnelles et leurs vertus curatives.

Parmi les nombreuses sources en Corse, on parle déjà au XVIIIème siècle des vertus bienfaisantes pour la santé des eaux d'Orezza, particulièrement appréciées pour leur teneur en fer. Pascal Paoli, le héros de l'indépendance Corse, allait presque tous les ans s'installer au couvent d'Orezza pour boire l'eau acidulée de cette source.

En 1805, elle est classée parmi les sources ferrugineuses et gazeuses par l'école de médecine. Les eaux d'Orezza sont même citées dans le "manuel des eaux minérales" publié à Paris en 1848.

Son exploitation est autorisée par décret ministériel sous Napoléon III, le 25 avril 1856 et la médaille d'or lui est décernée à l'exposition générale de la Corse à Ajaccio en 1865. Le décret du 7 février 1866 signé aux tuileries par l'empereur, déclarant la source d'Orezza d'intérêt public, vient confirmer définitivement sa réputation.


C'est au XIXe siècle, que les établissements d'Orezza, avec leurs salles de bains, de douches et de massages, très prisés des curistes connaît son âge d'or : Cette précieuse eau thermale soignait les troubles du système nerveux, le paludisme, les affections du foie et des reins. Le docteur Pascal Zuccarelli, qui observa durant de nombreuses années les vertus de l'eau acidulée sur les différents cas traités sur le site, publia en 1905 son "Étude sur l'eau minérale d'Orezza". Elle est alors réputée pour traiter les cas d'anémie et attire de nombreux coloniaux. Entre les 2 guerres, elle est même vendue en pharmacie.


On se mit alors à croire en la puissance thérapeutique miraculeuse de l’eau d’Orezza.

Au XXe siècle, lors de la deuxième guerre mondiale, elle fut même envoyée en Afrique du Nord pour apporter force et vitalité aux combattants anémiés.



Une santé de fer

L’eau minérale d’Orezza est captée au cœur de la Castagniccia (forêt de châtaigniers), à l’abri de toute pollution.

Délicatement pétillante, d'un goût fort agréable sans aucune saveur médicamenteuse, l'eau d'Orezza possède de réelles vertus médicales.

Sa très forte teneur en fer et en gaz carbonique naturel combat à la fois les anémies et les paresses gastro-intestinales. Orezza est l'eau de la vitalité et des digestions faciles !

Son taux extrêmement faible en sodium en fait également une eau extrêmement désaltérante.


LE VERT D’OREZZA

Entouré de forêts de châtaigniers, le village de Carchetu è Brusticu, situé en plein cœur de la Castagniccia, abrite l'ancienne carrière d’une des richesses minéralogiques les plus célèbres de Corse dans l’antiquité : le VERT d’OREZZA.

Rare, d'une exceptionnelle beauté, cette pierre semi-précieuse corse, connue aussi sous le nom de Verdi di Corsica, est classée dans la famille des gabros. Le minéral vert de la pierre est appelée «smaragdite» qui est l’ancien nom de l’émeraude. Par extension, ce terme désigne les cristaux verts de cette pierre aux veines colorées, cristaux qui sont de la diopside et de l’actinolite colorés par du chrome.

L’euphotide d’Orezza est d’une teinte que les peintres appellent le « vert anglais », plus ou moins foncé, avec toutes les nuances de l’herbe. Ses plus belles variétés se trouvent dans le lit des torrents qui descendent du Monte Muffrate et de la Punta di Caldane, à la limite des vallées d’Orezza et d’Alesani.

Il n'existe qu'une seule carrière au monde où ce minéral aux reflets d'une profondeur et d'une élégance rare ait été régulièrement extrait.

Elle se situe à Carcheto, village ancestral de Castagniccia situé au-dessus de Piedicroce et de Stazzone.

Dans cet écrin de nature préservé, la carrière a été exploitée régulièrement depuis l'antiquité, puisque qu'on trouve des traces de son utilisation qui remontent à la préhistoire, avec notamment une hache en vert d'orezza poli qui date du néolithique. Le plus célèbre exemple reste cependant le mausolée des Médicis dans la chapelle San Lorenzo à Florence, qui servait de nécropole familiale. Le pince Giovanni voulait un mausolée digne de la puissance et de la richesse de sa famille : Le "verde d'Orezza" occupe une place importante dans la décoration intérieure du tombeau dont les murs et le sol sont entièrement revêtus de pierres fines richement travaillées.

A la même époque le "verde d' Orezza " inspirait les artistes Florentins : les bijoux du "trésor des Médicis", l'autel de l'église San Lorenzo, les "peintures de pierres" de l'opificio delle pierre dure, les meubles Florentins incrustés de pierres fines.. De belles réalisations sont parvenues en France comme les tables de Mazarin et le guéridon du Château de Dourdan ou l'on retrouve le verde d' Orezza au centre du plateau, entouré des 97 pierres les plus appréciées de l'époque.



On ne peut qu'être subjugué par la fascination qu'exerce cette pierre quand on sait la difficulté que représente son extraction en milieu naturel, puis son transport jusqu'à la mer et son exportation vers l'Italie, principal lieu de transformation.


1985 marque la fin de l'exploitation contemporaine de la carrière.


Aujourd’hui, cette pierre devenue rare, est exploitée dans les domaines de la bijouterie, de la décoration intérieure ou de la sculpture mais leurs œuvres ne constituent plus qu’une très petite production.


Proche des sources minérales d'Orezza, elles-mêmes symbole de pureté, le vert d'Orezza mériterait de renaître pour retrouver sa place en pleine lumière.





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