Moi, Pasquale PAOLI, patriote corse
Dernière mise à jour : 26 sept.
PAOLI Pascal, Philippe, Antoine / 1725 – 1807

C’est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de Corse : Un héros du XVIIIe siècle et le chef d’un Etat qui a existé de 1755 à 1769.
U Babbu di a Patria (le père de la patrie) écrira l’une des plus importantes pages de l’histoire de la Corse, en la dotant de la première constitution moderne établissant la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. Ces principes serviront, 32 ans plus tard, de fondements à la Constitution des Etats-Unis d’Amérique, son action inspirera Georges Washington..
Pascal Paoli naît le 6 avril 1725 à Morosaglia, au centre-nord de la Corse. Il est le fils cadet de Giacinto (Hyacinthe) Paoli et de Dionisa Valentini. Son grand-père est meunier. Hélas, peu d'informations sont disponibles sur l'enfance de Pascal : il est le benjamin d'une fratrie de 5 sœurs et 1 frère. Sa sœur aînée a 12 ans de plus que lui, et sa mère décède alors qu'il est encore très jeune. Son père, général de la Nation, devient en 1729 l'un des chefs des insurgés lorsque la Corse se révolte contre la domination génoise.
Ainsi, sa petite enfance est marquée par un climat de rébellion et un désir d'indépendance.
En 1739, après la conquête de l'île par le marquis de Maillebois, le père de Pasquale est banni et frappé par un décret d'exil. Il laisse le reste de la famille à Morosaglia, mais emmène avec lui son plus jeune fils, Pasquale. Avec l'aide des cousins et des alliés, ils préparent les montures, chargent les malles et les provisions. Un cousin de confiance empruntera un autre chemin avec l'argent et les documents. Ils choisissent de voyager par la vallée de l'Alesani pour atteindre Cervione, d'où une escouade sera envoyée vers Moriani pour préparer l'embarquement. Les familles paolistes des villages le long du trajet ont été averties. Elles ont dépêché leurs jeunes combattants pour sécuriser le parcours, et les chefs de famille viennent rendre hommage au vieux chef et à son fils partant en exil. Père et fils s'embarquent pour Naples à Padulella le 10 juillet 1739 (aujourd'hui, une stèle commémore cet événement à Moriani-Plage).
Sur la côte opposée de la mer Tyrrhénienne, les Corses sont réputés dans le domaine militaire, et Hyacinthe est rapidement intégré dans l'armée napolitaine. Une nouvelle vie commence alors pour les PAOLI. Le roi de Naples accorde à Hyacinthe l'exil, le titre de général de Brigade, ainsi qu'une pension. C'est à cette période que les Paoli entrent en contact avec les franc-maçons et que Pascal reçoit une partie de son éducation.
Le père devient Colonel du Régiment CORSICA. Pascal apprend le latin, l'italien, le français et l'anglais, en attendant d'atteindre l'âge requis pour être enrôlé en tant que cadet dans le régiment Corsica le 1er février 1741. En décembre 1743, il est promu "Primo Alfiere" (sous-lieutenant).
En 1745, il retourne à Naples et s'inscrit à l'Académie Royale destinée à former les officiers d'artillerie. Cette Académie de grande renommée est surtout un centre culturel européen : Il y suit les cours d'Antoine Genovesi, l'un des plus éminents économistes de son époque.
Plus tard, il rejoint une garnison en Sicile puis sur l'île d'Elbe (1754).
En 1755, répondant à l'appel de son frère Clémente, il démissionne de l'armée, revient sur son île natale pour prendre la tête de la révolution... Contre l'avis de son père, qu'il ne reverra jamais.
Il revient en Corse, dans un contexte tumultueux marqué par des tensions contre la république de Gênes.
Lors de la consulte qui se tient au couvent Saint-François de Caccia le 20 avril 1755, il est sollicité par les principaux chefs corses révoltés.
Paoli, alors âgé de trente ans, est député de Morosaglia et souhaite diriger l'insurrection pour l'indépendance de la Corse. Il est élu, le même jour, général en chef de la Nation corse.
Mariu Emanuellu Matra, à la tête d'un parti influent dans les pieves de Fiumorbu, Castellu, Rogna, Alisgiani, Serra et Verde, qui aspirait également au généralat, s'y oppose et propose sa candidature. La consulte rejette cette candidature et confirme Paoli dans ses fonctions de général en chef. Matra se proclame alors général à Alisgiani le 10 août 1755 et, avec ses partisans, marche contre Paoli. Le 28 mars 1757, alors que les hommes de Matra forcent l'entrée du couvent d'Alandu, Clemente Paoli vient au secours de son frère et contraint les assaillants à se retirer. Mariu Emanuellu Matra est tué.
Paoli préside dès lors aux destinées d'une Corse indépendante : la Constitution corse qu’il propose est adoptée par des représentants corses le 18 novembre 1755 à la "Cunsulta generale di Corte".
Avec Pasquale Paoli, la Corse devient la première nation moderne d’Europe, basée sur la séparation des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif.
Grâce à son mérite, son travail et ses lectures, cet autodidacte devient le Corse le plus célèbre de son époque, à un moment où le principe de la « naissance » prime sur l’éducation et l’instruction. Les efforts de Paoli visent principalement à unir le peuple corse. Il élabore bien sûr la Constitution, mais réforme aussi l'armée, la justice et l'administration.
De 1755 à 1769, pendant 14 ans, il stimule le développement de l'artisanat et de l'agriculture, introduit la culture de la pomme de terre et encourage la culture de l'olivier. En parallèle, il supervise le tracé des nouvelles routes, accélère l'assèchement des marais (notamment par la plantation d'eucalyptus) et lance les prospections des carrières et des mines. Très attentif au développement économique de l'île, il crée l'Île-Rousse, un entrepôt commercial en Balagne. Son port permet à l'île de s'ouvrir au commerce inter-méditerranéen, dans le but de rivaliser avec les Génois. Il fortifie également plusieurs points de l'île, comme le village de Furiani.
Il établit une marine de guerre, une manufacture d'armes, interdit la vendetta et fait de Corte la capitale de la Nation corse, siège du gouvernement.
Il introduit également le suffrage universel, y compris pour les chefs de famille, même si ce sont des femmes ! Il organise l'école primaire et fonde en 1764 une université à Corte, dont il confie l'enseignement au clergé.
Il transforme son régime en république et réaffirme la liberté de conscience. Considérée encore aujourd'hui comme la première constitution démocratique de l'histoire moderne, elle visait à donner le pouvoir absolu au Gouvernement de la Nation Corse.
La jeune nation affirme sa souveraineté et son indépendance en choisissant un drapeau, la célèbre "bandera" à tête de Maure.
Une « imprimerie nationale » est établie à Campoloro, où sont publiés les 'Ragguagli dell’Isola di Corsica', une sorte de journal officiel. La frappe d'une monnaie stable, à l'effigie de la nation corse à Murato (1762), renforce sa singularité.
Dès 1764, Gênes cherche à reprendre coûte que coûte la domination de la Corse et s'allie avec la France, qui y voit une opportunité politique et stratégique pour s'implanter en Méditerranée. Tout est remis en question avec le traité de Versailles du 15 mai 1768, par lequel la République de Gênes vend ses droits de souveraineté sur la Corse à la France contre un prêt de deux millions de livres (coût des opérations militaires destinées à rétablir l'ordre dans l'île).
Pasquale Paoli, non consulté, s'offusque : Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant […]. On ne sait pas trop qui l'on doit détester le plus de celui qui nous vend ou de celui qui nous achète […]. Confondons-les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris.
Il incite alors les populations à se soulever contre l'armée royale française de Louis XV. La guerre débute par une importante victoire corse à Borgo, les 8 et 9 octobre 1768. Face aux échecs des tentatives d'assassinat de Pascal Paoli et de corruption de certains de ses lieutenants, Louis XV réagit en envoyant, sous le commandement du comte de Vaux, un corps expéditionnaire de 22 000 hommes accompagné d'une artillerie conséquente.
Le 8 mai 1769, la défaite de Ponte Novu, sur le Golu entre Corte et Bastia, marque la fin de l'indépendance et la Corse devient française.
Refusant de se rendre, Pascal Paoli parvient à s'échapper avec 300 fidèles en embarquant à Porto-Vecchio en juin 1769, en direction de Livourne. Il reprend le chemin de l'exil, trouve refuge en Angleterre et voyage en Europe, où son combat devient célèbre.
En 1778, il est rappelé de son exil à Londres et est accueilli triomphalement à Paris. Il est salué par l'Assemblée constituante et honoré par Lafayette, Mirabeau, Robespierre ainsi que par le peuple français. Nommé commandant de l'Île de Corse par Louis XVI et amnistié pour ses idées proches de la Révolution française, Paoli débarque à Macinaggio en juillet 1790.
Il est courtisé par un certain Napoléon qui cherche à exporter la révolution sur l'île : mais le vieux général ne l'apprécie pas et se méfie de ce jeune homme, qu'il juge trop arrogant et présomptueux. Il tentera, avec le soutien des Anglais, de rétablir l'indépendance de la Corse. Proclamé généralissime par ses partisans en 1793, il parvient à prendre le contrôle de la majeure partie de l'île, contraignant les Français à quitter la Corse. Cependant, la radicalisation des événements à Paris pousse Pascal Paoli à s'éloigner de la Convention. Bien qu'il trouve que les droits accordés au peuple par la Révolution française ressemblent beaucoup à ses propres principes, il estime que la Révolution s'égare et prend une tournure extrême. Rapidement accusé de contre-révolutionnaire (1793), il est déclaré « traître à la république française ».
Le 15 juin 1794, la Cunsulta proclame l’indépendance et adopte une constitution créant un royaume Anglo-Corse. Cet éphémère royaume, dirigé par le vice-roi anglais Sir Gilbert Elliot, durera jusqu’en octobre 1796.
Paoli se retire de la vie publique. À la demande du roi George II, il retourne en Angleterre où il est toujours très bien estimé.
Il décède à Londres le 5 février 1807 à l’âge de 81 ans et est enterré au cimetière de St Pancras Old Church à Londres. Un buste a été installé dans l'abbaye de Westminster.
En 1889, grâce à Tito Franceschini-Pietri, son lointain neveu et secrétaire particulier de Napoléon III, ses cendres sont finalement rapatriées en Corse, dans la chapelle au rez-de-chaussée de sa maison natale à Morosaglia, devenue le Musée Départemental de Pasquale Paoli.
Cet homme, dont la vie privée est peu documentée, lègue par testament une somme importante pour fonder une université à Corte et une École primaire supérieure à Morosaglia. Ses relations avec les francs-maçons (étant lui-même initié en 1778) lui ont permis d'établir des liens étroits avec les grands penseurs de son temps.
Ce précurseur visionnaire est resté célibataire et sans enfants toute sa vie, estimant que la paternité était incompatible avec l'action révolutionnaire.
💡 Le Saviez-vous ?
Pascal Paoli était un visionnaire admiré dans le monde entier. Sa Constitution corse a profondément inspiré les pères fondateurs des États-Unis pour la rédaction de leur propre Constitution en 1787 ! Aujourd'hui encore, plusieurs villes américaines portent le nom de "Paoli" (en Pennsylvanie ou dans l'Indiana) en son hommage.
🏛️ Vous préparez votre itinéraire culturel en Corse ? Si vous souhaitez intégrer des étapes historiques marquantes lors de votre séjour (comme la visite de sa maison natale à Morosaglia ou les secrets de Corte), demandez-moi conseil en commentaire ! Je vous aiderai à planifier un parcours captivant.
Le mythe de Paoli, Babbu di a Patria (« Père de la Patrie »), est encore très vivant et présent dans l'île, dans une bonne frange de la population.
Pour la petite histoire : Les récits héroïques de Paoli, narrés par Létizia, formeront un autre grand personnage de la corse, Napoléon BONAPARTE.
🦅 Pascal Paoli, une figure qui ne laisse personne indifférent…
Que vous soyez un passionné de la première heure ou que vous veniez tout juste de découvrir l'incroyable destin du "Babbu de la Patrie" à travers cet article, votre avis m'intéresse ! Connaissiez-vous l'impact mondial de ses idées des Lumières ? Avez-vous déjà visité les lieux historiques qui lui sont dédiés en Corse ?
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