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Moi, Pasquale PAOLI, patriote corse

PAOLI Pascal, Philippe, Antoine / 1725 – 1807



Pasquale Paoli, patriote corse
Pascal PAOLI 1725-1807

C’est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de Corse : Un héros du XVIIIe siècle et le chef d’un Etat qui a existé de 1755 à 1769.


U Babbu di a Patria (le père de la patrie) écrira l’une des plus importantes pages de l’histoire de la Corse, en la dotant de la première constitution moderne établissant la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. Ces principes serviront, 32 ans plus tard, de fondements à la Constitution des Etats-Unis d’Amérique, son action inspirera Georges Washington..


Pascal Paoli naît le 6 avril 1725 à Morosaglia au centre-nord de la Corse. Il est le fils cadet de Giacinto (Hyacinthe) Paoli, et de Dionisa Valentini. Son grand-père est meunier. On sait peu de choses sur l’enfance de Pascal : Il est le dernier d’une fratrie de 5 sœurs et 1 frère. La sœur aînée a 12 ans de plus que lui et sa mère meurt alors qu’il est encore très jeune. Son père, général de la Nation, devient en 1729 l'un des chefs des insurgés lorsque la Corse se soulève contre la domination génoise. Sa petite enfance est donc baignée dans un climat d'insoumission et de désir d'indépendance.



En 1739, son père, banni après la conquête de l'île par le marquis de Maillebois, est est frappé par un décret d'exil. Il laisse à Morosaglia le reste de la famille mais emmène avec lui son fils le plus jeune : Pasquale. Avec l’aide des cousins et des alliés, on apprête les montures, on charge les malles et les victuailles… Un cousin de confiance partira par un autre chemin avec l'argent et les documents. On choisit de se déplacer par la vallée de l'Alesani pour arriver à Cervione d'où on enverra une escouade vers Moriani pour préparer l'embarquement. Les familles paolistes des villages qui se trouvent sur le parcours ont été prévenues. Elles ont envoyé leurs combattants les plus jeunes pour assurer la garde de l'itinéraire et les chefs de familles viennent marquer leur respect au vieux chef et à son fils qui partent en exil… Père et fils embarquent pour Naples à Padulella le 10 juillet 1739 (de nos jours une stèle commémore cet évènement à Moriani-Plage).


Là-bas, sur le rivage opposé de la mer tyrrhénienne, les Corses sont prisés dans le métier des armes et Hyacinthe sera vite intégré dans l'armée napolitaine. Une nouvelle vie commence alors pour les PAOLI. Le roi de Naples accorde l'exil à Hyacinthe, le titre de général de Brigade, ainsi qu'une pension. C'est à cette époque que les Paoli seront mis en relation avec les franc-maçons et que Pascal recevra une partie de sa formation.

Le père devient Colonel du Régiment CORSICA. Pascal apprend le latin, l'italien, le français et l'anglais, en attendant d'avoir l'âge requis pour être enrôlé dans les cadets du régiment Corsica le 1er février 1741. En décembre 1743 il est promu "Primo Alfiere" (sous-lieutenant).

C'est en 1745 qu'il obtient son retour à Naples et son inscription à l'Académie Royale destinée à la formation des officiers d'artillerie. Cette Académie de grand renom est surtout un haut lieu de la culture européenne : Il y suit les cours d'Antoine Genovesi l'un des plus illustres économistes de son temps.

Plus tard, il rejoindra une garnison en Sicile puis sur l'île d'Elbe (1754).


En 1755, répondant à l'appel de son frère Clémente, il démissionne de l'armée, revient sur son île natale pour prendre la tête de la révolution... Contre l'avis de son père, qu'il ne reverra jamais.

Il a 30 ans quand il revient en Corse, dans un contexte confus où dominent les tensions contre la république de Gênes.

Lors de la consulte qui se réunit au couvent Saint-François de Caccia le 20 avril 1755, il est appelé par les principaux chefs corses révoltés.

Paoli, alors âgé de trente ans, est député de Morosaglia et veut prendre la tête de l'insurrection pour l'indépendance de la Corse. Il est élu, le même jour, général en chef de la Nation corse.

Mariu Emanuellu Matra, à la tête d'un parti important dans les pieves de Fiumorbu, Castellu, Rogna, Alisgiani, Serra et Verde, qui aspirait également au généralat, s'y oppose et propose sa candidature. La consulte réfute cette candidature et conforte Paoli dans ses fonctions de général en chef. Il se fait alors proclamer général à Alisgiani le 10 août 1755 et avec ses partisans, marche contre Paoli. Le 28 mars 1757, alors que les hommes de Matra forcent l'entrée du couvent d'Alandu, Clemente Paoli arrive au secours de son frère et oblige les assaillants à se retirer. Mariu Emanuellu Matra est tué.


Paoli préside dès lors aux destinées d'une Corse Indépendante : La Constitution corse qu’il présente est adoptée par des représentants corses le 18 novembre 1755 à la "Cunsulta generale di Corte".


C’est avec Pasquale Paoli que la Corse devient la première nation moderne d’Europe, fondée sur la séparation des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif.


A force de mérite, de travail, de lectures, cet autodidacte va devenir le Corse le plus célèbre de son temps, à une époque où le principe de la « naissance » prévaut sur l’éducation et l’instruction. Les efforts de Paoli tendront principalement à unir le peuple corse. Il crée bien sûr la Constitution, mais réforme également l'armée, la justice et l'administration.


Durant 14 ans, de 1755 à 1769, il encourage le développement de l'artisanat, de l’agriculture, introduit la culture de la pomme de terre et favorise la culture de l’olivier. Parallèlement, il supervise le tracé des nouvelles routes, accélère l’assèchement des marais (avec la plantation, entre-autres, des eucalyptus). Il lance les prospections des carrières et des mines. Très soucieux du développement économique de l'île, il va créer l’ïle rousse, entrepôt commercial de la Balagne. Son port permettra à l’île de s’ouvrir au commerce inter-méditerranéen, dans le but de concurrencer les génois. Il va également fortifier plusieurs points de l’île comme le village de Furiani.

Il crée une marine de guerre, une manufacture d'armes, interdit la vendetta et fait de Corte la capitale de la Nation corse où siège le gouvernement.

Il va aussi instaurer le suffrage universel, y compris pour les chefs de famille et ce même si ce sont des femmes ! Enfin il organise l'école primaire et fonde en 1764 une université à Corte dont il confie l’instruction au clergé.

Il fait de son régime une république et réaffirme la liberté de conscience. Considérée encore aujourd’hui comme étant la première constitution démocratique de l'histoire moderne, elle visait à donner le pouvoir absolu au Gouvernement de la Nation Corse.

La jeune nation affiche sa souveraineté et son indépendance par le choix d’un drapeau, la célèbre "bandera" à tête de Maure.

Une « imprimerie nationale » est créée à Campoloro où sont publiés les 'Ragguagli dell’Isola di Corsica', sorte de journal officiel. La frappe d’une monnaie saine, à l’effigie de la nation corse à Murato (1762) renforceront sa singularité.


Dès 1764, Gênes cherche à reprendre coûte que coûte la domination de la Corse et s’allie avec la France qui va trouver là l’opportunité politique et stratégique de s’implanter en méditerranée. Tout est remis en question avec le traité de Versailles du 15 mai 1768, par lequel la République de Gênes vend ses droits de souveraineté sur la Corse à la France contre un  prêt de deux millions de livres (coût des opérations militaires destinées à ramener l’ordre dans l’île).

Pasquale Paoli, non consulté, s'offusque : Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant […]. On ne sait pas trop qui l'on doit détester le plus de celui qui nous vend ou de celui qui nous achète […]. Confondons-les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris. Il soulève alors les populations contre l’armée royale française de Louis XV. La guerre commence par une grande victoire corse à Borgo, les 8 et 9 octobre 1768. Les tentatives infructueuses de faire assassiner Pascal Paoli et de corrompre certains de ses lieutenants, Louis XV réagit et, sous le commandement du comte de Vaux, il envoya un corps expéditionnaire de 22 000 hommes avec une artillerie nombreuse. Le 8 mai 1769, c’est la défaite de Ponte Novu, sur le Golu entre Corte et Bastia. C'est la fin de l’indépendance et la Corse devient française.


Refusant de se soumettre, Pascal Paoli réussit à s'échapper avec 300 fidèles en s'embarquant à Porto-Vecchio en juin 1769, direction Livourne. Il reprend le chemin de l'exil, trouve l'hospitalité en Angleterre et voyage en Europe où son combat est devenu célèbre.


En 1778, il est rappelé de son exil londonien et est reçu en triomphe à Paris. Il est accueilli par la constituante, honoré par Lafayette, Mirabeau, Robespierre et le peuple français. Nommé commandant de l'Île de Corse par Louis XVI, et amnistié pour avoir des idées proches de celles de la Révolution française, Paoli débarque à Macinaggio en juillet 1790.


Il est courtisé par un certain Napoléon qui tente d'exporter la révolution sur l'île : Mais le vieux général ne l'aime pas et se méfie de ce jeune homme, qu'il trouve trop arrogant et trop présomptueux. Il tentera avec l'appui des Anglais de rétablir l'indépendance de la Corse. Proclamé généralissime par ses partisans en 1793, il réussit à prendre le contrôle de la plus grande partie de l'île et les français sont obligés de quitter la Corse. Cependant, la  radicalisation des événements à Paris amène Pascal Paoli à s'éloigner de la Convention. S'il trouve en effet, que les droits accordés au peuple par la Révolution française ressemblent grandement à ses principes, il pense que la Révolution se dévoie et prend un tournant extrême. Bientôt traduit comme contre-révolutionnaire (1793), il est déclaré « traître à la république française ».


Le 15 juin 1794, la Cunsulta proclame l’indépendance et adopte une constitution par laquelle est créé un royaume Anglo-Corse. Cet éphémère royaume avec à sa tête le vice-roi anglais Sir Gilbert Elliot, durera jusqu’en octobre 1796.


Paoli se retire de la vie publique. Il retourne, à la demande du roi George II, en Angleterre où il est toujours très bien considéré.


Il meurt à Londres le 5 février 1807 à l’âge de 81 ans et y sera inhumé au cimetière de St Pancras Old Church à Londres. Un buste a été placé dans l'abbaye de Westminster.

En  1889, à l'initiative de Tito Franceschini-Pietri, son lointain neveu, secrétaire particulier de Napoléon III, ses cendres sont enfin ramenées en Corse, dans la chapelle située au rez-de-chaussée de sa maison natale de Morosaglia, devenue le Musée Départemental de Pasquale Paoli.

Cet homme dont la vie privée est mal connue, laisse par son testament une somme importante pour fonder à Corte une université, et à Morosaglia une École primaire supérieure. Ses relations avec les francs-maçons (lui-même initié en 1778) lui ont permis des liens étroits avec les grands penseurs de l'époque.

Ce précurseur visionnaire est resté célibataire et sans enfants durant toute sa vie : Il jugeait la paternité incompatible avec l'action révolutionnaire.



Le mythe de Paoli, Babbu di a Patria (« Père de la Patrie »), est encore très vivant et présent dans l'île, dans une bonne frange de la population.



Pour la petite histoire : Les récits héroïques de Paoli, narrés par Létizia, formeront un autre grand personnage de la corse, Napoléon BONAPARTE.


 

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